Jean-Luc Cormier, photographe de l'expérimentationEnfant de la banlieue rouge, Jean-Luc Cormier grandit à Montreuil, le système D en guise d'apprentissage. Très vite, il se retrouve en compagnie d'un copain au fond d'un garage à bidouiller ses premiers tirages. Un appareil Kodak, offert par ses parents pour les vacances en colo, l'accompagne.
Gamin déjà, Cormier est fasciné par le rituel familial des photos souvenirs et s'enivrent au fil des pages de l'album de famille. La photographie ne l'a depuis plus quitté, même s'il jure être devenu photographe par accident. Premier enfant de la famille à obtenir son baccalauréat, il se destinait à enseigner la philosophie, à la suite d'une rencontre décisive avec un professeur de lycée lui ayant transmis le virus. Décidé à poursuivre des études de philosophie, il s'inscrit à la Sorbonne. Quelques mois suffisent pour qu'il honnisse le monde universitaire. Reste la philo.
Il vivote alors, exerce quantité de petits boulots et finit par atterrir dans un laboratoire de façonnage; sous ses yeux défilent des milliers de photos de famille. Puis, devient vendeur dans une agence de presse, « La compagnie des reporters ». Cette agence, aujourd’hui disparue, récupère la gestion des images d’une autre agence, la mythique VIVA. De cet heureux hasard, naîtra une profonde amitié avec Claude Dityvon, qui le poussera à devenir photographe.
"Photographe, ce métier de fou", jure Jean-Luc Cormier, plus de vingt ans après ses débuts. "Déjà à l'époque, les jeunes galéraient". Qu'importe. Capable de tout plaquer pour suivre une intuition, des sentiments, une personne. Bifurquer à 180 degrés, sans savoir forcément où cela va l’emmener. Il navigue à l'aide de quelques constellations, dont son épouse qui partage sa vie depuis une vingtaine d’année.
Mais revenons à ses accidents professionnels: lors d'un vernissage, il rencontre une photographe du collectif « Le Bar Floréal ». Le courant passe, il en rencontre peu à peu les membres, puis plus rien pendant un an, jusqu’au coup de fil l’invitant à intégrer le groupe. Pour Jean-Luc Cormier, les rencontres décident une vie. Il en devient membre 10 ans durant. Sa photographie va alors beaucoup évoluée, il délaisse la Chambre au profit du moyen format, " afin de s'adapter au marché" des commandes presse et institutionnelles. " Une erreur" à ses dires, ne revendique à ce jour que peu d'images de cette période.
Par lassitude, en quête de piment, il bascule dans le numérique en 2000, alors que les boîtiers professionnels
balbutient. Nul attrait ici de technologie, son choix s'opère par goût de découverte. Il explique cette mutation non comme un besoin de s'adapter à un marché qui se redéfinit autour de cette technologie, mais bien par l'attirance d'un nouveau médium à explorer. Cette nouvelle pratique impose de penser l'image autrement. " Ne pas se limiter à sa pratique, c'est s'offrir une expérience supplémentaire."
« 365 jours, un journal photographique » est son premier projet photographique qui explore cette nouvelle dimension. Inlassablement, il continue sa recherche. Son regard photographique rejoint désormais l’univers poétique, philosophique et littéraire dans le projet « La traversée des apparences ». Les mots accompagnent fidèlement le photographe au quotidien, se conjuguant dans d'épais Moleskine où il y compile idées, dessins, collages et phrases qui l'ont percutées au cours de ses nombreuse lectures de la collection blanche de Gallimard.
À ce jour, il s’intéresse à la capacité transformante de la photographie, en souligne l’aspect impulsif et cherche à restituer par l’impact visuel l’intensité d’une émotion. Jean-Luc Cormier, qui aime à se perdre en digression, est pourtant fasciné par la capacité de synthétiser, condenser un faisceau de pensées en quelques mots, d'où sa quête d'images fonctionnant comme des aphorismes.
À la recherche d'une photographie qui ne décrive pas, mais trouble. Insaisissable sans être abstrait, présence immédiate plutôt qu’objet de connaissance. Il veut être en même temps au-delà comme au plus intime, lumineux comme obscur, concret comme informe. Passionné par le taoïsme et le non-être, ses photographies vont et viennent entre l’aura émotive de la forme et l’exploration de la richesse de la matière. À l'image du Canadien Roy Arden, Jean-Luc Cormier ne se considère pas comme photographe plasticien, ni photojournaliste, juste comme photographe.
> découvrir le portfolio de Jean-Luc Cormier
Livres par JLC
Chemins de croix le bar Floréal.édition, 1998
Une errance photographique en noir et blanc à la recherche de la statuaire du Christ et de ses paysages.
Photographies de Jean-Luc Cormier, préface de Claude Dityvon, postface de Pedro Meca, conception graphique de "Nous Travaillons Ensemble", 25x19 cm, 48 pages cousues-collées, 27 photographies en bichromie, 18,29€
Je m'engage, j'agis ! Ministère de la jeune et des sports, 2001
Les images du Festival de la Citoynneté. Un projet mené à l’initiative du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Photographes : Jean-Luc Cormier, Bernard Baudin, André Lejarre, Olivier Pasquiers, Jean-Pierre Vallorani.
15 x 21, 112 pages Conception graphique : Nous travaillons ensemble
Les vacances, on y a droit ! Cercle d’Art, 2001
En 2000, la" Bourse Solidarité Vacances" a permis à 12000 personnes sans moyens de partir pendant la période estivale. À partir de l’offre de séjours à moindre coût proposée par les professionnels du tourisme, la BSV travaille avec les associations et collectivités locales pour en faire bénéficier des familles exclues des vacances. d’Ossau. De ce travail est née une exposition, présentée notamment au Festival Terres d’Images à Biarritz. Photographes : Jean-Luc Cormier, Nicolas Frémiot, André Lejarre, Olivier Pasquiers, Jean-Pierre Vallorani. 25 x 33I 128 pages | relié, couverture plein papier imprimé | 29.73 €
Centre : portrait dune région Editions Cerle d'art, 2002
Une mise en lumière des liens qu’entretiennent les habitants de la région Centre avec leurs patrimoines. Un livre publié aux éditions Cercle d’art. Photographies de Jean-Luc Cormier et Olivier Coulanges (agence Vu). Co-auteurs François Bon, Yves Lacoste 192 page ,24,5 x 32,5 | broché | 38.00 €
le bar Floréal.photographie éditions Créaphis, 2005
Photographies du bar Floréal. Texte de Françoise Denoyelle
Créaphis a édité un livre pour les 20 ans du bar Floréal. Tout un monde. Un monde réel, jour et nuit réinventé. Rues, usines, banlieues, quatre coins du monde. Un monde qui tient dans une salle de bains ou dans le creux de la main. Qui tourne de plus en plus vite et de moins en moins rond. Rien qu’un monde d’apparences, jour et nuit revisité.
format 160x195 mm 324 pages
> Retour au VOZ'Info